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Publié le vendredi 24 février 2006

:: Vendredi 24 février 2006 ::
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Si vous êtes végétarien(ne),

n'hésitez pas à me contacter à waouch@hotmail.com.

Toutes vos remarques ou témoignages pourront m'être utiles!


:: waouch 2006-02-24 11:50:02 [Permalien] ::
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1 Commentaire :

Commentaire écrit le dimanche 26 février 2006 à 04:35:23 (lien)
véro
ba moi je t'ai proposé mon aide mais t'en a pas voulu d'abord. J'ai répondu à tes question mais t'a rien voulu savoir.... aller bisoux et bonne continuation


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:: Vendredi 24 février 2006 ::
une enquête sur le végétarisme

Comment se construit un modèle alimentaire, et de même, comment les individus se l’approprient ou le rejettent ?

Jean-Pierre Poulain, dans l’ouvrage Penser l’alimentation, explique qu’un modèle alimentaire se résume à une série de règles imposées de l’extérieur à l’individu au cours de la socialisation primaire. Il précise plus loin qu’il demeure tout de même un espace de liberté où l’individu peut amener ses propres innovations. Ainsi, ces innovations pourront elles-mêmes s’inscrire dans le modèle alimentaire du groupe ou être rejetées. Dans le premier cas, elles pourront être transmises comme un héritage aux générations suivantes.

Cette analyse est à la base de notre réflexion : nous allons ainsi nous demander comment apparaît, chez un individu, l’idée d’une alimentation végétarienne. Pourquoi, et comment, une personne arrive à rejeter un modèle d’alimentation commun au groupe au profit d’un autre plus marginal? Quelle est la part, en somme, de la culture alimentaire transmise, des influences extérieures, et des valeurs personnelles dans le choix du végétarisme ?

 

Pour le sens commun, serait comestible ce qui est biochimiquement parlant mangeable, c'est-à-dire métabolisable et nutritionnellement « utile ». Or l’on voit bien qu’à l’échelle de la planète toutes les espèces qui pourraient être mangées sur un plan purement biologique sont très loin de l’être. Claude Fischler, dans Identités des mangeurs, images des aliments, résume cette idée de la façon suivante : « tout ce qui est biologiquement mangeable n’est pas culturellement comestible ».

La séparation entre le comestible et le non comestible est donc à replacer au centre de notre travail pour comprendre la pratique végétarienne. C’est d’ailleurs cette classification que l’interrogation provocatrice de Fiddes sur la quatrième de couverture de son livre Meat, a natural symbol vise à interroger : « Why do we eat cows but not cats ? ».

Fischler en conclue, toujours dans le même ouvrage, que l’ « alimentation est donc gouvernée par un système implicite de règles complexes et selon toute apparence arbitraires ».

 

Ce travail de classification entre le consommable et le non consommable est effectué par tous les peuples de la terre, dans toutes les cultures. Les végétariens semblent donc se retrouver dans une position particulière, à la frontière entre les pratiques alimentaires en lien avec leur culture d’origine et leurs aspirations particulières, leur refus personnel de consommer de la viande. Du moins au moment du choix de ce type d’alimentation, ils se retrouvent donc dans une position liminaire, et par nature sont ainsi fragilisées. Ils se placent en opposition, en rejet de la « culture dominante », et il faudrait donc qu’ils se « raccrochent » à d’autres valeurs, des valeurs propres au nouveau groupe qu’ils vont intégrer. D’où cette hypothèse qu’ils se retrouvent entre végétariens, pour partager des valeurs communes, avoir le sentiment d’appartenir réellement à leur nouveau groupe, celui de ceux qui refusent de manger de la viande. D’ailleurs Jean-Pierre Poulain précise bien dans Penser l’alimentation qu’ « un modèle alimentaire peut être posé comme un système de communication qui permet à un groupe humain d’organiser les relations entre les différents membres de la communauté, et de gérer son rapport à la nature ».

 

Mais cette hypothèse procède de deux suppositions : la première est que la nourriture est placée au centre de la société, ou du moins en est un domaine clé, à partir duquel les hommes se définissent, qui fonde leur appartenance, et qui donc est au centre de leurs préoccupations. Nous pouvons en douter, bien qu’il apparaîtrait que les végétariens accordent une bonne place à la nourriture dans leur vie, puisqu’elle est l’objet de nombreuses réflexions. L’omnivore se débat ainsi toujours avec la contrainte qu’une seule source d’aliment ne peut suffire à son alimentation, contrainte qui est démultipliée chez le végétarien qui se prive de facto de toute une catégorie d’aliments ayant des apports nutritionnels indéniables. Il faut donc compenser ces apports, et pour ce faire le végétarien doit plus réfléchir à son mode d’alimentation.

La deuxième supposition est que la démarche du végétarisme n’est pas simplement personnelle, mais une démarche également sociale, en rapport avec les autres, et qu’il faut donc au végétarien intégrer son nouveau groupe, ou du moins avoir des relations avec d’autres personnes végétariennes.

 

Cette question que nous nous posons tous, qui n’est plus « mangerons-nous demain ? » mais « que mangerons-nous ? », les végétariens se la poseraient avec encore plus d’insistance. Mais soulignons que toute personne réfléchit à son mode d’alimentation, et c’est ce que rappelle Olivier Assouly dans Les nourritures divines : « personne ne peut se nourrir sans croire presque religieusement aux vertus ou tout au moins à l’innocuité de ce qu’il ingurgite ».

Deux possibilités se présentent alors pour expliquer le choix du végétarisme : soit le végétarien se pose cette question (« que mangerons-nous ? ») en fonction de critères, de goûts et de dégoûts, de convenances personnelles, soit il se la pose via des influences extérieures, des modes, des idées, qui restent marginales, mais traversent la société à un moment donné… Peut-être aussi est-ce ces deux mécanismes en interaction : des modes, des influences extérieures auraient ainsi conduit l’individu à réfléchir sur sa propre vision de l’alimentation..

 

Laurence Ossipow, dans La cuisine du corps et de l’âme, nous livre une analyse intéressante du processus de passage d’une alimentation « traditionnelle » à une alimentation végétarienne via cette opération de classification aliments consommables / aliments non consommables. Ce processus est d’autant plus intéressant qu’il concerne cette situation de fragilité qui accompagne le passage d’un mode d’alimentation établit à un autre plus marginal.

Précisons tout d’abord qu’il n’y a pas un seul régime végétarien, qui éliminerait toute viande, mais de nombreuses pratiques diversifiées, certains se présentant comme végétariens alors qu’ils consomment encore une viande tel que le poulet.

A la base du végétarisme se trouve la notion que les animaux, ne s’assimilant pas totalement à l’Homme, ont tout de même une « âme vivante », et leur abattage correspond donc à un meurtre. Dans Penser l’alimentation, Poulain nous rappelle l’analyse de Beardsworth, qui voit trois ambivalences dans l’alimentation des hommes. La première est celle entre le plaisir et le dégoût que peuvent procurer les aliments, la deuxième est celle entre le fait que les aliments sont d’une part source d’énergie, de santé, et de l’autre le fait qu’ils peuvent rendre malade. La troisième ambivalence oppose la nécessité de l’acte alimentaire pour vivre au fait qu’il entraîne la mort des organismes consommés. En nous replaçant dans ce schéma, nous pouvons donc supposer que c’est s’affranchir de cette troisième ambivalence que les végétariens recherchent.

Mais dans les faits, la pratique végétarienne et les raisonnements sont à la fois plus complexes et plus ambigus, ils sont bien décrits par Ossipow : en effet, pour les végétariens, en théorie, aucun animal n’est bon à manger, mais tout de même, s’il fallait faire un choix, il se porterait plus volontiers sur des animaux d’élevage. Des catégories sont ainsi élaborées, qui correspondent également au « parcours » que les végétariens suivent lors de leur « conversion » : la classe des mammifères est proscrite en tout premier lieu, le bœuf étant réellement la viande suscitant le plus de dégoût (avec le cheval, mais cela est valable aussi pour les non végétariens). Ensuite vient la classe du gibier, celle des animaux sauvages, qui ne sont pas très bien connus. Les deux dernières classes encore consommées, certains se disent d’ailleurs végétariens alors qu’ils les consomment encore, sont celles de la volaille et celle du poisson et des fruits de mer.          

 

 

 


:: waouch 2006-02-24 11:22:45 [Permalien] ::
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1 Commentaire :

Commentaire écrit le vendredi 27 avril 2007 à 06:41:04 (lien)
V. Laetitia
J'ai beaucoup aimé votre article
Comme je constate que vous êtes intéressé par l'alimentation, je vous signale l'existence d'un appel à manuscrit lancé par les éditions du Cherche midi autour du thème "que mangerons-nous demain,". Il s'agit d'une réflexion autour de ce thème qui peut prendre la forme d'un roman, d'une nouvelle...
Pour plus d'infos : http://manuscritterra.canalblog.com


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